Le lundi 21 août 1911, peu après sept heures du matin, un homme vêtu d’une blouse blanche se faufile dans les couloirs du musée du louvre. En ce jour de fermeture hebdomadaire, les galeries sont désertes, il n’y a plus que douze gardiens seulement pour l’ensemble de l’édifice et c’est le moment où les ouvriers, encadreurs, plombiers, miroitiers, maçons et fumistes, prennent possession des lieux. Bientôt arriveront également les artistes accrédités et les visiteurs affiliés à la Société des amis du Louvre qui ont le privilège d’accéder au musée, même quand il est fermé. L’homme est nerveux, pressé, il se retourne fréquemment mais il est bien seul dans la galerie d’Apollon. Parvenu dans le salon carré, le saint des saints du musée, il se dirige droit sur la Joconde, le célèbre tableau de Léonard de Vinci, le décroche en quelques secondes et l’emmène dans un escalier de service voisin de la salle des sept-mètres. Avec un canif, il s’emploie ensuite à retirer rapidement le panneau de bois du cadre qui l’entoure, opération qu’il maîtrise parfaitement et qui ne lui prend pas plus de quatre à cinq minutes. Après quoi, l’individu descend l’escalier qu’il sait donner sur la cour du sphinx par laquelle il veut s’échapper, mais la porte est fermée. Sans se troubler, l’homme sort une nouvelle fois son couteau et entreprend de dévisser la serrure. Il a déjà retiré le bouton intérieur de la porte et ôté une des quatre vis de la serrure quand il est dérangé par l’arrivée intempestive d’un plombier. Comme le voleur a eu le temps de remonter l’escalier en quatrième vitesse, le plombier qui venait de la cour n’a vu qu’une forme, un homme en blouse semblable à tous les ouvriers du Louvre et à tous les gardiens occupés en ce jour de relâche aux travaux de ménage. S’il s’est étonné de la disparition de la poignée, il ne s’est pas douté qu’en ouvrant la porte avec son passe-partout, il favorisait opportunément la fuite du malfaiteur qui, quelques secondes plus tard, sort des toilettes de l’étage où il s’est réfugié, redescend l’escalier, traverse calmement la cour du sphinx avec la Joconde dissimulée sous sa blouse et se retrouve sur les quais de la Seine en passant par la porte Jean Goujon, ouverte sur ses deux battants et laissée sans surveillance. L’homme qui s’éloigne rapidement vient de réussir en une demi-heure à peine le plus grand cambriolage du siècle : il a volé la Joconde !
Extrait du livre à paraître de jean Yves Le Naour."Le vol de la Joconde"
isbn 9782363630148 - 48 pages - 12.5 €
Bientôt dans les bacs, toute l’histoire connue et inconnue du vol de la Joconde. Perdue depuis 100 ans et jamais retrouvée !
"Le vol de la Joconde" de Jean Yves le Naour et Didier Bontemps. parution au début 2012 aux éditions roymodus - co-édition Fayard isbn 9782363630148
Image de l’article : "La Joconde est dans les escaliers", Robert Filliou (1969) - Marion Cocquet © Sipa
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